Le Gouvernement nigérien fait marche arrière
mardi 14 novembre 2006
Projetée pour les 27, 28, 29 et 30 octobre 2006, la deuxième édition du Forum Social Nigérien (FSN) a été reportée d’une semaine suite à la levée de l’interdiction faite par le Gouvernement qui craignait qu’il ne soit l’occasion de se pencher sur la gestion désastreuse du régime actuel embourbé dans divers scandales financiers.
C’est le vendredi 20 octobre, en début d’après midi que le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, M. Mounkaila Modi a fait parvenir une correspondance au secrétariat permanent dans laquelle il écrit quele gouvernement « ne saurait accepter l’organisation sur le sol national de son procès qui plus est par des personnes de nationalités étrangères ». Raison invoquée par le premier flic nigérien : cette rencontre va regrouper « des personnes qui sont contre le régime en place ».
Selon le ministre Modi, c’est à travers les médias que son gouvernement a appris l’organisation fin octobre de la seconde édition du Forum Social Nigérien.
Faux ! Rétorque le Comité Organisateur du Forum qui affirme avoir envoyé une lettre de notification au cabinet du ministre de l’intérieur lui demandant de faciliter la tenue de cet évènement de portée internationale.
Le secrétariat du FSN a eu également deux séances de travail avec le secrétariat général du ministère du Développement Communautaire, ministère de tutelle des Ong et organisations de la société civile. A cette occasion, le SG dudit ministère, M. Najim Mohamed avait affirmé que « dans le contexte politique actuel, la tenue de ce forum serait une bonne chose pour le régime, car elle viendrait montrer qu’au Niger, la société civile travaille de manière autonome ».
Mieux, un atelier de lancement du Forum social a été organisé le 30 septembre 2006. Le discours d’ouverture de cet atelier a été largement relayé par les médias y compris sur la première chaîne de télévision publique.
C’est à dessein que le Gouvernement a choisi d’enfourcher la trompette du mensonge et de la calomnie. En même temps qu’il affirme ne pas connaître les organisateurs du FSN, le ministre de l’intérieur a quand même bien trouvé l’adresse géographique du secrétariat permanent pour remettre sa lettre d’interdiction du Forum. C’est dire qu’il était simplement de mauvaise foi, quand il affirmait ne rien savoir des initiateurs.
Abondant dans le même sens que le ministre, le maire de la commune 3 avait également interdit la marche inaugurale du Forum déposée au nom de l’Association Alternative Espaces Citoyens au motif que les organisateurs n’ont pas joint à leur lettre de notification, l’arrêté de reconnaissance de ladite association. Idrissa Maibouge d’ajouter que la mairie ne dispose pas « d’éléments de police pour superviser la manifestation ». Vingt quatre heures plutôt, l’élu local avait refusée tout simplement de prendre la correspondance adressée à lui par le coordonnateur du FSN, visant à l’informer de l’itinéraire de la marche inaugurale.
La décision d’interdiction de la seconde édition du FSN -le premier forum a eu lieu en septembre 2003- fût l’effet d’une douche froide sur les membres du secrétariat permanent qui revenaient juste de la prière du vendredi.
Dès le lendemain, sur convocation du secrétariat permanent, le Comité Organisateur s’est réuni en séance extraordinaire afin d’apprécier la situation et décider de la réponse à donner au pouvoir. Apres deux heures de chaudes discussions, les organisateurs ont décidé de poursuivre normalement le processus de préparation du Forum qui se tiendrait à une date qui restait à être déterminée, le report étant devenu inévitable. La décision de braver l’interdiction du ministre a été annoncée par M. Moussa Tchangari, Coordonnateur du FSN devant un parterre de journalistes nationaux et de correspondants de la presse internationale.
- M. Moussa Tchangari coordonnateur du Forum, quelques instants avant la cérémonie d’ouverture.
Les organisateurs du FSN savaient que le gouvernement nigérien ne voyait pas d’un bon œil l’organisation du Forum Social, mais ils étaient loin d’imaginer qu’il allait prendre la décision d’interdire ladite rencontre. Empêtré dans des scandales politico-financiers, le régime actuel a une peur maladive des forums sociaux initiés par la société civile, du moins la fraction se réclamant du mouvement altermondialiste.
Il faut relever que ce n’est pas la première fois que le gouvernement actuel manifeste une hostilité à l’égard des rencontres organisées par les acteurs sociaux. On se souvient qu’il avait déployé, en juin 2006, un impressionnant dispositif policier pour empêcher l’accès de la maison des jeunes Diado Sekou aux organisateurs du contre-forum sur l’éducation. De guerre lasse, Ils se sont finalement repliés dans les amphithéâtres de l’Université Abdou Moumouni pour tenir leurs assises.
Aujourd’hui, c’est le forum social qui a failli être interdit. Ce n’est qu’un coup de... chance ? Depuis quelques mois en effet, les manifestations des organisations de la société civile sont systématiquement interdites. Constat : c’est tout simplement une fascisation rampante qui est en marche.
Fascisation doublée d’intoxicationsi l’on compte la surprenante sortie médiatique du ministre porte-parole du Gouvernement et chargé des relations avec les Institutions. Informé de la décision de son collègue de l’intérieur, Ben Omar s’est répandu précipitamment dans les médias pour qualifier les organisateurs du forum de tous les noms d’oiseaux.
Le ministre porte-parole du Gouvernement est allé plus loin en disant sur les ondes d’une radio privée que les organisateurs du Forum ont l’intention d’amener 1000 ruraux à Niamey pour semer la pagaille. Pour lui, il est hors de question que le régime de Tandja élu sur la base d’un programme libéral admette l’organisation d’un forum qui va faire des propositions alternatives aux politiques mises en œuvre par le gouvernement actuel. « Notre pays ne peut couper le cordon ombilical avec l’économie libérale. L’avènement d’un Etat social où tout le monde peut être riche, nanti relève d’une chimère. Le gouvernement ne peut accepter que des gens sans aucun mandat jettent le discrédit et l’anathème sur des autorités élues. Trop, c’est trop, il faut mettre une barrière à tout cela ».
Le Comité Organisateur a pourtant maintenu le cap ; et le ciel ne lui est pas tombé dessus pour autant. Bien au contraire.
H.B.Tcherno
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