Alternative Espaces Citoyens Niger
Forum sur la souveraineté alimentaire

La leçon de Nyéléni

dimanche 17 octobre 2010 par Par Lamine Souleymane

En février 2007, plus de 500 représentants d’organisations de paysans, de petits exploitants familiaux, de pêcheurs artisanaux, des peuples indigènes, de paysans sans terre, d’ouvriers agricoles, de migrants, de pasteurs nomades, d’habitants de forêts, de femmes, de jeunes, de consommateurs, de mouvements écologiques et urbains, provenant de plus 80 pays, s’étaient rassemblés dans le village de Nyéléni à Sélingué au Mali, afin de consolider le mouvement mondial pour la souveraineté alimentaire. Le village de Nyéléni se trouve dans la commune rurale de Baya, un petit village situé à 140 km de Bamako.

Le site du Forum choisi était situé près du barrage hydroélectrique sur la rivière Sankarani, un affluent du fleuve Niger, qui a été construit par la Banque Mondiale avec de graves conséquences environnementales et sociales. Il faut rappeler que ce barrage a provoqué un afflux de populations attirées par la perspective de vivre de la pêche, mais les stocks de poissons s’épuisèrent en si peu de temps, plongeant la population dans une pauvreté plus grande que par le passé. Tout comme le Forum qui se tient actuellement à Niamey, le Forum de Nyéléni visait à donner aux paysans l’espoir et le pouvoir de préserver, récupérer et consolider des connaissances et capacités en matière de production alimentaire. Il a été l’aboutissement d’un énorme effort collectif de la part de nombreuses organisations et personnes. Ce fut aussi une occasion pour les personnes qui récoltent et produisent de la nourriture, de partager des informations et de développer des stratégies afin de protéger leurs moyens d’existence et la santé de la terre.

Il faut dire que le cadre même du forum se voulait le reflet de l’idée de base de la souveraineté alimentaire selon laquelle les peuples ne doivent pas être dépendants et sont capables de subvenir à leurs besoins alimentaires. C’était vraiment un forum populaire, sans présentations « Powerpoint », sans tables recouvertes de nappes immaculées, sans costumes ni cravates. Le site a été construit avec des matériaux locaux par des ouvriers locaux. La nourriture était entièrement locale, cuisinée sur des foyers à ciel ouvert par une équipe de femmes, et les participants faisaient des longues files d’attente au moment des repas. Il faut dire que toute l’organisation a été bâtie sur le thème de la souveraineté alimentaire.

Beaucoup de participants étaient unanimes que le mouvement pour la souveraineté alimentaire ne pourrait atteindre ses objectifs que s’il est devient pratique de par les actions qui vont être posées. Pour M. Ibrahima Coulibaly, Président de la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali, qui prenait part à ce Forum, la souveraineté alimentaire n’est pas un simple slogan, mais bien une position et une proposition politique. Les discours doivent, selon lui, être mis en pratique pour apporter des solutions aux problèmes des paysans. Ce dernier avait même suggéré à cette occasion, la création d’une plateforme régionale solide dans le cadre de la défense de la souveraineté alimentaire en Afrique de l’ouest et maintenir les liens avec les populations locales.

Divers secteurs du mouvement pour la souveraineté alimentaire avaient saisi cette occasion pour discuter des conflits de plus en plus graves causés par les problèmes d’accès aux ressources des communautés productrices d’aliments. Selon plusieurs intervenants, les conflits liés aux territoires étaient apparus avec la privatisation des terres, de l’eau et des êtres vivants. Celle ci a contribué fortement aux inégalités dans la distribution des droits d’accès et d’utilisation des terres et autres ressources naturelles. En outre, il a été relevé que dans certains pays africains, la croissance démographique, la désertification, le changement climatique, les politiques néolibérales, la libération du marché des terres ainsi que les investissements pour l’extraction des minerais et l’exploitation des forêts ont contribué à exacerber les tensions existantes.

Le Forum de Nyéléni a contribué à élaborer un programme d’action international commun et a décrit très clairement comment devait se réaliser la souveraineté alimentaire à l’échelle planétaire. Aussi, il a dégagé des axes de lutte contre ceux qui détruisent la souveraineté alimentaire pour rendre les populations dépendantes des compagnies multinationales et des marchés internationaux.

Notons que trois déclarations ont sanctionné la fin de ce forum, à savoir la déclaration des écologistes, suivie de la déclaration des femmes sur la souveraineté alimentaire et l’accès à la terre et de celle des jeunes qui avaient exprimé leur ferme détermination à collaborer avec les organisations paysannes, les peuples indigènes, les pasteurs nomades, les femmes et les étudiants dans la construction de l’avenir et l’amélioration du présent.


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