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Le talon d’Achille de la VIIème République

lundi 28 février 2011 par Albert Chaïbou

De folles rumeurs circulaient ces derniers jours à Niamey attribuant avec naïveté(les décisions du Conseil constitutionnel sont tenues secrètes jusqu’à ce qu’elles soient rendues publiques) l’annulation par le Conseil constitutionnel de nombreux résultats du vote du premier tour de la présidentielle avec pour conséquence le chamboulement de l’ordre proclamé par la CENI au lendemain de la tenue de ces élections. Pour ces marchands d’illusions, le PNDS du candidat Mahamadou Issoufou arrivé en tête à l’issue du scrutin du 16 décembre dernier, se voit rétrograder à la troisième place, derrière le MNSD Nassara et le Moden Lumana.

La délibération le mardi 22 février 2011 des résultats de ces élections présidentielles 1èr tour par le Conseil constitutionnel vient couper définitivement court à toutes ces folles rumeurs.

S’il est vrai que le Conseil constitutionnel a annulé les résultats de 536 bureaux de vote, il confirme néanmoins que les candidats Issoufou Mahamadou du PNDS Tarrayya et Seini Oumarou du MNSD Nassara seront au 2ème tour de la présidentielle le 12 mars prochain. Le premier obtient à l’issue de cette délibération, 36 ,16 % des voix contre 23,22% pour son challenger. Au vu de ces résultats, le candidat du PNDS a même gagné quelques points sur les résultats publiés par la CENI qui lui attribuaient 36, 06% tandis que celui du MNSD Nassara a régressé un tout petit peu(les résultats proclamés par la CENI lui avaient accordé 23, 24 %).

La décision du Conseil constitutionnel qui est tombée à quelques heures de l’ouverture de la campagne électorale, met à nu le peu de sérieux des partis politiques et les défaillances de la CENI dans l’organisation de ces élections. En effet, la plupart des constats dressés par le Conseil constitutionnel pour valider l’annulation de certains résultats, portent sur des procès verbaux qui n‘ont pas été signés par tous les membres des bureaux de vote, des mentions obligatoires qui n’ont pas été portés aux procès verbaux de déroulement ou des bureaux de vote qui ont fonctionné sans le nombre d’assesseurs requis. Rappelons que le Conseil constitutionnel avait déjà invalidé le 13 janvier dernier 66 des 171 listes présentées aux législatives pour non respect de certaines dispositions du code électoral. L’invalidation de ces listes a empêché certains partis comme la CDS Rahama de l’ancien président Mahamane Ousmane, le MNSD Nassara ou le RSD Gaskiya de se présenter dans leurs fiefs électoraux. La classe politique réunie au sein du CNDP (Conseil National de Dialogue Politique) avait, on se souvient, fait tout pour trouver un « arrangement » auprès du Général Salou Djibo en vue de permettre aux forces politiques dont les listes ont été invalidées par le Conseil constitutionnel de pouvoir participer aux législatives. Echaudé sans doute par le cas Tandja qui a outrepassé un arrêt de la Cour constitutionnelle pour légitimer son entreprise de Tazarcé mais aussi très ferme sur le respect du calendrier de « la restauration de la démocratie », le chef de la junte au pouvoir a opposé un niet à cette « solution politique ». Son refus d’un tel « consensus » vient dessiner une nouvelle carte politique du pays avec une Assemblée nationale où dominent notamment le PNDS, le Mnsd Nassara et le Moden Lumana et où on assiste pour la première fois dans l’histoire récente du Niger à la quasi absence de la CDS Rahama, troisième force politique du pays en 2004 avec 22 sièges au Parlement et qui se retrouve cette fois ci avec 2 sièges et l’absence remarquée du RSD Gaskiya , présent sous la législature de 2004 avec 7sièges. Ainsi, si l’on s’en tient aux résultats provisoires publiés le 4 février dernier par la CENI, la prochaine Assemblée nationale pourrait être composée comme suit : 39 députés pour le PNDS, 26 pour le MNSD Nassara, 24 pour le Moden Lumana, 8 pour l’ANDP, 7 pour le RDP, 2 pour la CDS et 1 pour l’Uni.

Compte tenu de la polarisation régionale des partis et de la facilité avec laquelle les alliances politiques se nouent et se dénouent dans le pays, une telle configuration du Parlement dans un régime semi présidentiel risque fort de poser problème. Et c’est assurément là, le talon d’Achille des futurs dirigeants du pays. Comment une institution frappée d’une crise de légitimité va-t-elle pouvoir fonctionner normalement ? Le défi de la restauration de la démocratie est aussi à ce niveau. Tout comme il est dans le choix du futur dirigeant du pays.


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