Les 10 affaires secrètes du règne de Salou Djibo (2010-2011)
mardi 23 avril 2013
1 - Cambriolage à la « Villa verte »
2 - Les dessous de l’adjudication du barrage de kandadji
3 - Le raid manqué de China International Funds (CIF) au Niger
4 - Coup de froid entre Seif Al Islam Kadhafi et le CSRD
5 - La vraie histoire du débarquement des forces françaises au Niger
6 - Main basse sur SahelCom et SONITEL
7 - Quand Anne Lauvergeon provoque des tensions gouvernementales à Niamey
8 - Comment le Général Moumouni Boureima échappe à son arrestation
9 - Le faux Coup d’Etat du 03 août
10 - Salou Djibo, la SML et les Canadiens
Vous venez de publier aux éditions l’Harmattan à Paris un ouvrage au titre révélateur : « Niger : la junte militaire et ses dix affaires secrètes (2010-2011) ». De quelles affaires s’agit-il ?
Ce livre est un essai sur la période de Transition dirigée du 18 février 2010 au 6 avril 2011 par le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD). Pendant cette période, des événements importants se sont produits et j’ai estimé qu’il était bon d’investiguer pour savoir ce qui s’est véritablement passé. Comme vous le savez, pendant cette Transition il y’a eu ce qu’on avait présenté à l’époque comme un « Coup d’Etat » contre Salou Djibo, le chef de la junte. Le présumé complot a conduit à l’arrestation de quatre officiers qui ont été finalement blanchis par la Cour d’Etat, à la suite d’investigations qu’elle a menées. Je me suis alors intéressé à la question, puisqu’il n’y a pas eu complot, qu’est ce qui a poussé à l’arrestation de ces officiers ? Dans mes investigations, je me suis aperçu qu’il y’a eu une dizaine d’affaires qui ont miné la cohésion de la junte et qui ont conduit à des incompréhensions. Je cite, entre autres, parmi ces affaires l’attribution de la construction du barrage de Kandadji à une société russe, la cession de la Sonitel et SahelCom aux Libyens et la tentative de débarquement de China International Funds, et d’autres éléments comme l’arrivée des forces françaises au Niger, suite à l’enlèvement en septembre 2010 de 7 ressortissants français employés d’Areva. Concernant ce point précis, les forces françaises ont débarqué au Niger et il y’a eu beaucoup d’incompréhension au sein de la junte, notamment entre ceux qui voulaient que les Français viennent installer une base au Niger et ceux qui y étaientt opposés.
Je parle aussi du faux Coup d’Etat du 3 août 2010, parce que les Nigériens ont remarqué que ce jour-là, le Président Salou Djibo n’était pas au stade pour remettre la coupe nationale au vainqueur du match. Pourquoi ne s’étai-il pas rendu au stade ? J’explique dans le livre que c’est parce qu’on lui a mis la puce à l’oreille qu’il allait être renversé par son numéro deux, le colonel Badjé.
Je parle de toutes ces affaires que j’essaie de détailler. Et, de mon point de vue, c’est une contribution pour éclairer une partie de la vie politique du Niger. Je n’ai pas la prétention d’avoir tout dit sur cette période. S’il y’a d’autres compatriotes qui ont d’autres éléments, je les invite eux aussi à y contribuer pour que les Nigériens sachent ce qui s’est passé pendant cette période. Dureste, ce n’est pas la première fois que je le fais. J’ai publié déjà en 2010 un livre sur la mort de Mano Dayak, parce que les Nigériens savent qu’il est mort le15 octobre 1994, mais ne connaissent pas les circonstances de sa mort. J’ai fait des investigations pour révéler certains éléments. Je suis donc dans la même démarche. Ce n’est pas une démarche de revanche comme il a été dit ici et là, mais plutôt une contribution. J’estime que les événements importants de la vie politique du Niger doivent être écrits et documentés pour la postérité.
Le gouvernement de la VIIème République qui a annoncé à grande pompe un programme de lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics semble fermer les yeux sur la gestion de cette période, alors que tout le monde s’attendait à un audit de la Transition menée par Salou Djibo !
Effectivement ! Un des éléments qui m’a motivé c’est aussi ça. A cors et à cri la société civile nigérienne a revendiqué l’audit de cette Transition. Mais le gouvernement actuel s’est refusé à le faire pour des raisons que lui seul sait ! Mais si le gouvernement se refuse à le faire, nous en tant qu’acteurs de la société civile, moi en tant que journaliste du Niger, nous avons le devoir de mettre sur la place publique ces événements, notamment l’attribution de la construction du Barrage de Kandadji à une société russe qui n’arrive pas à exécuter le marché. Cela mérite une investigation ! Si le gouvernement veut être crédible et cohérent, il faut qu’il fasse un audit sur les affaires qui ont marqué cette période.
A la suite de la publication du livre, beaucoup de personnes se sont manifestées auprès de moi pour dire qu’elles ont des informations sur telle ou telle autre période. Il y’a certains éléments que je n’ai pas abordés mais qui méritent une investigation. Pour prendre un exemple précis, lorsque le Niger et la Chine ont décidé de l’exploitation pétrolière, la Chine a versé un bonus de trois cent millions de dollars au Niger. Ce bonus a été encaissé. Le président Tandja et son régime disent qu’une bonne partie de cet argent a été laissé en héritage à la période de Transition. Où est passé cet argent ? Il faut qu’il y ait des investigations. Ce n’est pas une question de dire qu’on est contre ou pour Salou Djibo. Pour un pays qui vient encore d’être classé dernier à l’indice du développement humain, il est important que les deniers publics soient gérés de façon rigoureuse. Et lorsqu’on choisit de faire de la transparence, on ne fait pas une transparence sélective. C’est dans l’intérêt de notre pays.
Les lecteurs nigériens piaffent certainement d’impatience de lire ce livre ; alors à quand sa disponibilité dans les librairies de Niamey ?
Le livre est sorti le mardi 26 mars 2013 à Paris. Je ferai en sorte qu’il soit disponible à Niamey. J’ai fait exprès de demander à l’Harmattan (NDLR : la Maison d’édition) de le vendre à 12, 50 euros environ 6000 francs CFA pour que le maximum de Nigériens puissent l’acheter. Moi je ne suis pas dans une démarche de gain d’argent, mais dans une démarche de permettre au plus grand nombre de Nigériens d’accéder au livre et que ça permette d’ouvrir le débat, que d’autres personnes qui ont peut être des compléments d’informations puissent aussi les apporter. S’il y’a des éléments nouveaux, il est clair que ce livre sera reédité et enrichi, et pourquoi pas d’autres ouvrages aussi...
Propos recueillis à Tunis par Albert Chaibou
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