Alternative Espaces Citoyens Niger
Fermeture du camp de Choucha

La descente aux enfers des réfugiés

mercredi 10 juillet 2013 par H B Tcherno

Annoncée depuis plusieurs mois par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés en Tunisie (HCR), la fermeture du camp de Choucha a eu lieu le 30 juin dernier. C’est le début de la descente aux enfers pour les oubliés du camp.

Installé en plein désert à la frontière tuniso -libyenne, ce camp a été ouvert en février 2011 par le HCR pour servir de transit aux milliers de personnes fuyant la guerre déclenchée par l’OTAN pour se débarrasser de Mammouar Kadhafi. Pendant 2 ans, le camp a accueilli de milliers de réfugiés, de 22 nationalités différentes dont beaucoup de subsahariens. Etablis depuis plusieurs années pour la plupart en Libye, les occupants ont fuient la chasse aux sorcières déclenchée par les milices qui ont pris le contrôle du pays après la chute de l’ancien régime.

Conséquence du démantèlement du camp de Choucha, l’électricité et l’eau ont été coupés. Un contingent des forces de l’ordre est resté sur les lieux pour veiller sur la sécurité de 250 personnes qui refusent de partir. Certains d’entre eux sont des réfugiés, d’autres des demandeurs d’asile. La plupart avaient abandonnés leur pays d’origine à cause de la guerre ou de la dictature. Il s’agit notamment des bangladais, des somaliens, des éthiopiens et tchadiens. Aujourd’hui, ils ne peuvent y retourner, sans mettre leur vie en danger.

Le HCR justifie la fermeture du camp par le fait que celui ci était « une solution temporaire pour les réfugiés » fuyant la crise libyenne de 2011. Aujourd’hui, déclare l’agence onusienne, « il n’a plus sa raison d’être », malgré le non aboutissement des négociations pour leur réinstallation dans d’autres pays notamment aux Etats-Unis.

Quel sort est réservé à la communauté résiduelle après le départ des représentants des organisations humanitaires qui ont suspendu toutes les prestations fournies aux réfugiés (alimentation, enseignement, animation, soins…) ? Nul ne le sait encore. Pour le moment, une partie des migrants tente de mener une existence normale sur les ruines du camp. Certains d’entre eux observent depuis le 2 juillet 2013 un sit-in devant le siège du ministère des droits de l’homme pour dénoncer la rupture de fourniture de services essentiels et demander la régularisation de leur situation juridique.

Révoltés par cette situation, certains ont déclaré aux médias qu’ils ne quitteront pas le camp et qu’ils préfèrent périr dans le Sahara que de se jeter dans l’inconnu. « Aujourd’hui, nous sommes sans tente à la belle étoile, sans eau et en plein désert. Nous avons des enfants malades. Certains sont nés au camp de Choucha. Depuis 8 mois nous endurons le calvaire. Même l’eau a été coupée. Quel est notre avenir. Nous ne pouvons revenir à notre pays, ni rester en Tunisie. Va-t-on nous abandonner dans le Sahara jusqu’à la mort ? Les Nations-Unies, nous laissent sans eau. Nous sommes venus chercher la sécurité. Nous ne l’avons pas trouvée », a déclaré une réfugiée d’origine subsaharienne.

Que faire pour venir en aide à ces personnes en détresse ?

Le Forum Tunisien pour les Droits Economiques et Sociaux, (FTDES), et d’autres organisations européennes multiplient les actions de communication et de plaidoyer pour attirer l’attention de l’opinion publique sur le drame humanitaire qui se joue dans cette partie du monde, loin des projecteurs des médias.

Au siège du FTDES, on estime que le gouvernement tunisien doit prendre la relève après le retrait du HCR, car la situation des occupants du camp pose un problème humanitaire. Cette reprise en mains doit se traduire par la délivrance immédiate de titres de séjour, la fourniture de prestations de service abandonnées par les agences humanitaires de l’ONU.

Nicanor Haon, responsable de la migration au FTDES craint que l’absence de solutions à leurs problèmes pousse quelques uns à des réactions de désespoir comme l’assaut de la forteresse européenne à travers des embarcations de fortune. C’est pourquoi, la mobilisation internationale pour arrêter cette descente aux enfers des migrants doit se poursuivre au nom de la dignité humaine.


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