Le Gouvernement de la monotonie !
samedi 13 octobre 2012 par Souley Adji
Les Nigériens en auraient-ils assez de la monotonie ? Le pays semble comme mort sans que les centrales syndicales aient eu besoin de lancer un mot d’ordre de ville morte. Quelle centrale aurait d’ailleurs le cran de rompre un tel silence quand on sait que la plupart ont pris le parti d’enterrer profondément la hache des hostilités en attendant la fin des nominations et des cooptations ? Monotonie sur le plan syndical. Pourtant les travailleurs vivent quotidiennement dans leur chair les affres de la vie chère et de la dégradation des conditions de vie et de travail. Certains ont même perdu leurs habitations lors des inondations d’août et cherchent toujours à être relogés ; d’autres font le siège des syndicats, mais de manière récurrente, on leur répond que les dirigeants font eux-mêmes le siège des domiciles ou des fadas des leaders politiques. Devant leur désarroi, de bonnes âmes leur conseillent de se pointer de nuit dans tel restaurant ou tel autre bistrot, les chances étant très grandes de les y trouver.
Plus personne ne travaille !
Le Président Hama Amadou ne témoignait-il pas quand, récemment, il fustigeait le comportement de ce Nigérien contemporain qui ne travaille plus, mais qui à l’instar du gouvernement, ne sait que tendre la main, jetant ainsi sa fierté aux orties ? Est-ce ce constat d’une horde de courtisans de tout acabit, spécialistes de pied de grue devant leurs domiciles, qui aurait aussi incité le Président Issoufou à reprendre à son compte la vulgate de la remise des Nigériens au travail ?
Plus personne ne travaille, ne fait son boulot, puisque alliés, les syndicats eux-mêmes trouvent que tout va bien. Et que dans tous les cas, il n’y aura aucune sanction, l’impunité étant garantie pour les alliés. Et il est vrai qu’au sommet de l’Etat même, rien n’indique qu’on travaille. Quel ministre pourrait-il se vanter de recevoir régulièrement ses collaborateurs pour apprécier la situation des problèmes dans son domaine ?
Combien de directeurs centraux se plaignent-ils de n’avoir jamais été conviés à une réunion technique par son supérieur ? Il paraît qu’ils se morfondent en regardant le défilé de commerçants du parti venus discuter d’un contrat ou encore le vacarme des parents venus chercher assistance. Même des partenaires techniques au développement ne comprennent plus ce ballet incessant de militants dans les hautes sphères de l’administration, devenues subitement des hauts lieux de causeries et de négoces de toutes sortes… Aussi, des projets et des programmes sont reportés aux calendes grecques. Non ! Vraiment, les Nigériens ne travaillent pas et les exemples de rigueur et de labeur, censés venir des politiques, font naturellement défaut, surtout quand l’on a acquis son poste sans nécessairement le mériter.
La renaissance de l’austérité…
Monotonie du gouvernement lui-même, auquel les syndicats des taximen viennent de montrer que la politique n’est rien d’autre qu’un rapport de force. Voilà un gouvernement d’un régime prétendument bâti sur l’Etat de droit et la détention du monopole de la violence légitime, auquel l’on impose un prix officiel de la course de taxi. A son corps défendant, il subit sans réagir, alors même qu’il est censé comporter un ministère des transports. Le monopole de la violence légitime, dont l’édiction d’un barème de prix n’est plus de sa prérogative, mais bien celle des lobbies et autres groupes de pression.
Faut-il s’en étonner quand, faisant fi du ministère attitré, des directeurs de sociétés internationales de communication parviennent à faire pression, par une simple note… pardon lettre, au Président de la République, afin de dépouiller la Sonitel du monopole de la fibre optique, qui est une ressource stratégique et de souveraineté nationale ? Demain, les bouchers imposeraient-ils le kilogramme de viande au double de son prix actuel, que le gouvernement ne trouverait rien à redire...
La monotonie, c’est aussi le gouvernement du fait accompli ! Cette impuissance caractérisée du gouvernement s’est déjà manifestée à l’occasion du jeun du mois béni de Ramadan, où il n’avait pu réglementer les prix des denrées de première nécessité, pendant que tout le pays le suppliait. Maintenant que les taximen et les propriétaires de taxi ont gagné la bataille, ile gouvernement s’empresse de chercher à réglementer le secteur des transports, en réalité à entériner le fait accompli. Triste !
N’allez cependant pas dire que le gouvernement est oisif ! Non, il travaille tellement bien, qu’il avait récemment, sans rire, avoué qu’il n’a exécuté le budget national qu’à hauteur de 12% ! Une contre-performance que le Président de l’assemblée n’avait alors évidemment pas manqué de fustiger, lui dont le séjour à la primature fut naguère considérée comme un modèle de mal gouvernance par excellence par son principal allié politique.
Avec l’augmentation de la course de taxi, c’est pourtant toute l’économie familiale qui est ébranlée : le budget déjà précaire réservé aux transports des enfants à l’école et des parents au travail devra subir un nouveau programme d’ajustement familial. Certains élèves en paieront nécessairement le prix, les parents étant appauvris subitement du fait de l’indolence du gouvernement du fait accompli. Ou bien, est-ce alors le début de l’instauration du socialisme ou de la Nouvelle politique économique(NEP) au Niger : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » enseignait jadis le marxisme élémentaire. Le Niger pays pétrolier et nouvelle patrie du socialisme à la fois, voilà qui devrait préfigurer des lendemains chantants.
Pourtant, c’est la renaissance de l’austérité qui, pour l’heure, sonne aux portes des ménages, en attendant les files d’attente devant les magasins ! Car, d’essence libérale, le socialisme nigérien ne peut produire que ce que produit le libéralisme partout dans le monde : l’exclusion sociale des millions d’individus et parallèlement l’enrichissement d’une minorité de prébendiers, accrochés aux mamelles de l’Etat.
En réalité, il y a comme une déconfiture dans l’air, cette monotonie ne laissant présager rien de bon. Les secteurs sociaux phares tels que l’éducation et la santé sont au rouge pendant que la jeunesse, notamment scolarisée, se ronge les pouces, frustrée qu’elle est par cette indifférence à son égard, nonobstant les promesses des milliers d’emploi. Cette situation d’anomie reste généralement propice à des désordres sociaux voire politiques, l’enjeu étant désormais la survie même des groupes exclus. L’on ne doit donc guère attendre la déflagration pour agir. La classe politique nigérienne doit s’armer d’une véritable volonté politique pour paver le chemin de la démocratisation d’heureuses et concrètes perspectives, en lieu et place de l’illusionnisme ambiant du gouvernement
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