La décision inconvenante du président Issoufou d’affecter à son principal allié, le Moden FA Lumana approximativement le même nombre de portefeuilles ministériels à des opposants au régime a attisé le feu qui couvait au sein de la Mouvance pour la Renaissance du Niger (MRN), coalition hétéroclite de partis le soutenant. Devant cette erreur politique qui a été vécue comme une trahison, la réaction du parti de Hama Amadou ne s’est pas fait attendre.
Dans une déclaration rendue publique quatre jours après la formation du GUN, le Moden FA Lumana a créé la surprise, en décidant « de la suspension aux activités du Gouvernement des personnalités nommées de son obédience, et ce jusqu’ à nouvel ordre ». Plongé dans un profond mutisme depuis le début, il ya presque huit mois, des pourparlers engagées pour la formation du GUN, le Lumana a tapé fort du point sur la table, en déclarant qu’ « il ne saurait accepter de participer à un Gouvernement formé sans consultation et sans prise en compte de ses intérêts politiques ». Le parti du président de l’Assemblée nationale s’est indigné du comportement de son allié de la majorité qui n’a pas daigné l’informer des aboutissements des tractations avec l’Opposition et « des conséquences qui en résulteraient pour tous les partis membres de la MRN ».
A croire la déclaration, c’est à quelques heures de l’annonce de la publication de la nouvelle équipe, que le président Hama Amadou en déplacement à l’étranger a reçu un coup de fil l’informant du remaniement. Celui-ci aurait demandé que l’annonce de la composition du Gouvernement soit différée de 48 Heures. Contre toute attente, il aurait essuyé un niet de la part de son allié. Selon Lumana, cette étrange attitude relève, ni plus ni moins, d’un mépris qui s’inscrit dans « une logique d’exclusion de toutes les décisions susceptibles d’influer sur le destin de la nation ». Des propos qui illustrent le climat de défiance qui règne au sein de la majorité et amène à s’interroger sur la sincérité de la collaboration au sein de cette majorité. Visiblement, le parti au pouvoir essaie d’enterrer vivant son allié ; autrement, on comprend mal la logique qui sous tend le camouflet infligé à son mentor. Au nom d’une certaine éthique morale, il y a des coups fourrés qu’on n’administre pas à un associé. Mais, pour les observateurs avisés, cette vexation était prévisible en raison de signes de méfiance réciproque entre les deux partis.
Poursuivant son réquisitoire, Lumana FA a estimé que cette option de gouvernement d’union nationale, ne visait en réalité qu’à le « pousser à la porte de l’alliance », en lui accordant « des ministères à la coquille vide ». Non content des « strapontins » qui lui ont été attribués, le parti de Hama a invité le président Issoufou à une redistribution des cartes qui tienne compte de « son poids politique et au rôle éminent qu’il a eu à jouer au second tour des élections ».
Cette réclamation sera-t-elle entendue par le chef de l’Etat qui, après son forfait, est allé se coucher dans son village natal ? Rien n’est moins sûr au regard du contenu de la réaction de son parti qui a apporté tout son soutien au Président de la République. Par la voix du nouveau ministre de l’Intérieur, M. Hassoumi Massaoudou, le PNDS a invité son allié à reconsidérer sa position, tout en martelant que la nomination du gouvernement est une prérogative constitutionnelle du Président de la République qui ne saurait être partagé. Le décor est planté pour un divorce inévitable. Reste à savoir si cette séparation se fera en douceur ou pas.
De la méfiance à la défiance
Avec la formation du GUN, la crise de confiance entre les deux principaux alliés de la majorité présidentielle a atteint un point de non retour. De la méfiance, les deux associés sont passés à l’étape de la défiance, avec le refus catégorique du président Issoufou de satisfaire à la demande de Hama ; puis la réplique sous forme de sortie médiatique fracassante de Lumana et la grève de certains de ses ministres. Les deux alliés de la majorité au pouvoir appliquent actuellement le système de « je t’aime, moi non plus ».
Finie donc la belle époque de l’union sacrée anti tazarce du président Tandja. En passant outre la demande d’ajournement de la publication du remaniement formulée par Hama Amadou, le « lion de Dan Dadji » a cherché et obtenu une bagarre à l’issue incertaine. Même si le parti présidentiel assure que « cet épisode ne peut en aucune façon conduire à une crise politique et institutionnelle », nous craignons que les réactions d’hostilité débouchent sur une guerre ouverte entre les deux alliés. On ne le souhaite pas, mais la situation politique peut basculer à tout moment. Les mobiles de la discorde, c’est-à-dire l’accès aux prébendes étatiques font qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort pour chacun des partis. Si l’attitude de Lumana n’est pas exempte de tout reproche, avant de vouer ce parti aux gémonies, il importe de se rappeler qu’en 1994, le rattachement de la commission centrale des marchés à la présidence a été à l’origine de la démission de Mahamadou Issoufou de la Primature, ouvrant la voie à une crise politique et institutionnelle qui a débouché sur le putsch de feu Baré Mainassara.
Dans lutte pour obtenir une bonne place autour de la mangeoire, ce serait une grave erreur de sous-estimer la capacité de riposte de Lumana dont le mentor a survécu à plusieurs crises politico militaires. Acculés, Hama et ses partisans pourraient jouer la politique du pire, en allumant un incendie dans la maison. Une occasion rêvée par les faucons du parti présidentiel pour faire tomber la foudre sur eux, en se servant du pouvoir d’Etat. Tout semble donc permis dans cette guerre des chefs pour le partage du gâteau. Mais, avant d’aller au front, le Lumana doit d’abord sortir la tête de l’eau, en gérant la zizanie qui a vu le jour en son sein sur fond d’opportunisme et de prostitution politique. Au moins deux de ses ministres ont passé outre l’appel au boycott du gouvernement lancé par le bureau politique national. Une division appuyée apparemment en sous main par le parti rose. Dans cette passe difficile, en même temps qu’il cherchera à mettre de l’ordre dans son parti secoué par des turbulences, Hama Amadou ne manquera pas d’asséner des coups tordus à son allié. On le voit, le conflit politique en cours pourrait déboucher sur la chute brutale de l’un des chefs de la majorité. Reste à savoir qui arrivera à écraser l’autre. En attendant, les deux alliés rivaux se regardent en chiens de faïence.
fr
Alternative Espaces Citoyens
Actualités
?
Site réalisé avec SPIP 1.9.2c + ALTERNATIVES
